Florémont
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ETAT  DE  LA  COMMUNAUTE  RURALE  DE


FLOREMONT


A LA VEILLE DE LA REVOLUTION DE 1789

Canton de Charmes

Arrondissement de Mirecourt



Etat de la communauté rurale de FLOREMONT,


à la veille de la Révolution de 1789.


Nom de la communauté, sa situation géographique.

Florémont, canton de Charmes, arrondissement de Mirecourt,

Département des Vosges.


Etat des personnes.


Clergé. La paroisse de Florémont faisait partie, en 1789, du diocèse de Nancy. A cette époque, la mère église, très ancienne, située au centre du cimetière actuel, à quelque quatre cents mètres du village, fut démolie ; ses débris furent employés en partie, à la construction de l’église existante, située au centre du village. L’ancien presbytère restauré, subsiste encore ; on le désigne aujourd’hui sous le nom de château de Florémont.


La paroisse était desservie par un vicaire résidant dépendant du curé de Charmes, lequel, en cette qualité, présidait aux comptes rendus annuels du châtelier, receveur des deniers de la fabrique.


Ledit curé était décimateur pour le tiers des grosses et menues dîmes dans les villages de Florémont et de Rugney ; les deux autres tiers appartenaient au chapitre de Remiremont qui possédait en outre seize prébendes affermées par baux ; les fermiers étaient désignés sous le nom de fermiers des dîmes. Douze prébendes étaient affermées à raison de 8 résaux 7 imaux de blé pour chacune, mesure de Nancy, moitié pour Florémont et l’autre moitié pour Rugney, le séral évalué 15 livres de France ; les 4 autres prébendes, à raison de 8 résaux 1 bichet de blé pour chacune, mêmes mesure, condition et prix que les précédentes.


Le curé de Charmes jouissait d’un bouvrot consistant en 3 jours 8 omées 19 verges de terres labourables, à la saison, 5 fauchées 2 omées de pré, 3 omées de chenevière et 3 omées de jardin. Ces terres étaient affermées moyennant redevance de 6 paires de résaux, moitié blé, moitié avoine, mesure de Nancy. Ce gagnage était franc de dîme.


En outre, un petit gagnage dépendant d’une fondation attachée à la vicairie perpétuelle de Florémont, consistait en 3 jours de terres labourables, 2 fauchées 3 omées de pré et 4 omées et demie de vigne, le tout exploité par le vicaire résidant, lequel exploitait également un petit gagnage, ban de Florémont, consistant en un jour de terre arable à chaque saison, 19 omées de pré et 4 omées de vigne.


La fabrique, de son côté, possédait une vigne de la contenance de 1 jour 8 omées : revenu, 22 livres, cours du royaume. Un petit gagnage en dépendait aussi. Il consistait en 13 jours 5 omées de terres labourables en deux saisons, dont 5 jours sur le ban de Rugney et le surplus sur celui de Florémont. Le revenu en était de 54 livres, cours du royaume.


Les dames religieuses dominicaines de Charmes possédaient un gagnage consistant en 52 jours, 2 omées de terres labourables, 21 fauchées de pré, 1 jour de chenevière, 2 omées et demie de jardin, 3 omées de vigne, le tout laissé à bail sous un canon annuel de 32 résaux de blé, 20 résaux d’avoine, mesure de Nancy, plus la fourniture de trois voitures de paille et la conduite de la vendange de 6 jours de vignes situées sur le ban de Florémont, leur revenu annuel était estimé 500 livres, cours de France.


Sur ce gagnage était affecté un cens de 4 résaux 5 imaux et demi d’avoine, mesure de Nancy, 2 poules et deux chapons, au profit de Mr de Choiseul, seigneur de Florémont.


Tous les biens d’église, ci-dessus détaillés, furent vendus aux enchères publiques en 1791-92, comme biens nationaux.


Avant la Révolution, les registres de l’état civil étaient tenus par le clergé, comme chacun sait. Il résulte du relevé des actes inscrits sur ces registres que, dans la période de 1778 à 1788, il y a eu 234 actes de baptême ; 671 signatures ont été apposées au bas de ces actes avec 27 marques faites par des marraines illettrées en grande partie.


Dans la même période, nous avons relevé 215 actes de sépulture, avec 646 signatures et un marque seulement, mais il est à remarquer que la plupart du temps, c’étaient toujours les mêmes personnes, curé, régent d’école ou marguillier, qui signaient ces actes. Les 34 mariages de la même dizaine d’années sont revêtues de 217 signatures ; en sus, 14 marques provenant des conjoints ou de leurs pères et mères, rarement des témoins.


Noblesse. La seigneurie de Florémont appartenait au seigneur du château de Savigny. Elle comprenait une maison de ferme et 110 jours de terre par saison, loués à bail à un amodiateur, lequel payait un canon annuel de 2200 livres.


La seigneurie comprenait en outre une forêt dite le bois de la Voivre, aujourd’hui défrichée, d’une superficie totale de 160 arpents et du moulin actuel de Florémont, dit moulin de Haute. L’estimation de ces biens, lors de leur mise en vente en 1791 comme biens nationaux, s’élevait, la seigneurie à 48 013 livres 8 sols 8 deniers ; le bois et le moulin à 24 710 livres 10 sols, au total à 72 723 livres 18 sols 8 deniers.

Le seigneur possédait en outre divers privilèges. Nous lisons dans le compte rendu du syndic de la communauté pour l’année 1782. « Chaque habitant doit à Madame la Marquise de Choiseul un demi resal de bled et une poule à la St Martin de chaque année pour le réachat de la banalité du four, et vingt sols par jour de vigne pour la banalité du pressoir. Le maire doit en faire la levée pour délivrer les cures au fermier de Mad. de Choiseul. Outre chaque habitant doit faire trois journées de corvée et les laboureurs doivent faire encore trois journées de charrue et payent par chaque bête tirante un resal d’avoine ; on l’oblige aussi à la conduite d’une voiture de foin. »


Tiers-Etat. Les habitants de la communauté étaient tous fermiers, vignerons ou manouvriers. Ils vivaient péniblement du produit de leur travail, possesseurs qu’ils étaient du quart seulement du territoire ; le surplus leur était affermé.


Ils avaient à payer une imposition annuelle peu variable de 689 livres pour la subvention et 754 livres pour les ponts et chaussées, maréchaussée et autres impositions.


Quant au chiffre de la population de la communauté, nous ne pouvons donner exactement celui de l’époque, n’ayant découvert aucun document y relatif antérieur à 1802. Celui de cette année accuse une population de 383 habitants ; quinze ans auparavant, il devait être sensiblement le même ; ce chiffre d’ailleurs n’a pas beaucoup varié depuis cette époque et tend même à décroître, puisque la population actuelle est de 365 habitants.


D’après le rôle des habitants, le nombre des feux s ‘élevait à 97. Sur ce nombre, nous avons relevé 12 cultivateurs fermiers, 12 manœuvres de 1re classe, 25 de 2, 24 de 3, 6 veuves et filles, 6 nouveaux mariés, 5 insolvables, 3 fermiers des dîmes et 4 exempts.


Le nombre des enfants par famille aurait dû être considérable, si la mortalité, à cette époque, n’en avait été aussi grande. Sur les 234 naissances dont il est parlé précédemment, il y a eu 132 décès d’enfants âgés de un jour à 4 ans, soit 56 % du nombre des naissances, pour la période de 1778 à 1788, et 61 % du nombre des décès. La moyenne annuelle des naissances, pour la même période de dix années, a été de 23,4, de 21,5 pour les décès, dont 13,2 pour les décès d’enfants.


Etat des terres


Le domaine royal n’avait aucune terre sur le territoire de la communauté. Celle-ci possédait 432 arpents de bois de médiocre valeur, selon qu’il est constaté dans le compte rendu du syndic où il est rapporté en outre que les forestiers établis pour garder les dits bois ne peuvent empêcher qu’ils ne soient dévastés ; il propose pour en augmenter les produits d’y planter dans les lieux marécageux des saules et des peupliers.


Le droit de vaine pâture était dévolu aux habitants sur tous les pâtis communaux, aucun n’étant partagé. Ces pâtis étaient emplantés d’arbres fruitiers dont les produits étaient vendus chaque année au profit de la caisse de la communauté.


Deux pâtres étaient commis à la garde des troupeaux. L’un était désigné sous le nom de pâtre des bêtes blanches, l’autre était dit pâtre des bêtes rouges. Ils étaient rétribués par les propriétaires d’animaux, suivant les clauses des traités passés avec eux.


La communauté prenait à ses charges l’achat et l’entretien des bêtes mâles (un taureau et un porc). Celles-ci étaient tenues suivant traité et moyennant 36 livres pour chacune.


Comme il est dit plus haut, la seigneurie de Florémont comprenait 110 jours de terres louées à bail à un amodiateur. Au surplus, il y avait 198 jours de terres affermées et 137 jours possédés en propre par les habitants le tout par chaque saison. Toutes les terres appartenant aux propriétaires forains étaient affermées par baux de trois, six  ou neuf années ; il n’y avait pas de métayage.


Les terrains communaux, en 1789, étaient de peu de valeur ; en friches pour la plupart, ils servaient de pâturage au bétail. Leur superficie était de 26 hectares 50 ares et leur valeur vénale était approximativement de 6625 francs.


Administration


En 1789, la communauté de Florémont avait les limites qu’elle possède encore aujourd’hui. Elle dépendait de la subdélégation de Mirecourt, du baillage de Charmes, de la maîtrise de Darney, de la recette des bois de Mirecourt. Elle était administrée par un maire ; un syndic était chargé de la tenue des comptes, tant en recettes qu’en dépenses. Il gérait sa charge pendant une année à la fin de laquelle il rendait compte de sa gestion devant le maire, les élus et les notables de la communauté.


L’assemblée communale d’alors paraît avoir eu des attributions analogues à celles des conseils municipaux d’aujourd’hui, en ce qui concerne l’administration municipale.


Quant aux plaids annaux, nous n’avons découvert aucun document en faisant mention.


Finances. Chaque année, il était dressé, par les soins du maire, assisté de trois assesseurs élus par les habitants à la pluralité des voix, le rôle de tous les contribuables composant la communauté. Ce rôle s’élevait à environ 1343 francs suivant le détail donné plus haut ; en outre, une somme de 37 livres était perçue et versée à titre d’indemnité pour perte de bestiaux.


Dans la somme de 1343 francs était sans doute comprise l’imposition royale du 1/20e sur le revenu, ainsi que le tiers denier des émoluments communaux du au seigneur et s’élevant à la somme de 82 livres.


Dans le compte de gestion du syndic pour l’année 1786, nous lisons que les recettes de la dite année s’élevaient à 812 livres 11 sols et les dépenses à 912 livres 14 sols, d’où un excédent de dépenses de 100 livres 3 sols. Les recettes provenaient en partie du produit de vente de bois et de fruits champêtres. Elles étaient versées à la caisse des domaines et bois à Mirecourt. Lorsqu’il en était besoin, le syndic, avec l’autorisation de l’Intendant de Lorraine, se rendait à la dite caisse pour y toucher des fonds.


Au chapitre des dépenses, nous relevons qu’il a été payé 15 livres 10 sols pour ouvrage à l’église, 89 livres 10 sols pour logement et nourriture du taureau communal pendant les années 1785 et 1786 ; 9 livres, 15 sols au sieur greffier en la haute justice de Florémont pour vacation dues aux officiers du lieu pour avoir fait les reconnaissances de taillis ; 20 livres pour le loyer d’une fille pauvre à la charge de la communauté ; 7 sols pour le port d’un arrêt concernant la maladie des bestiaux connue sous le nom de charbon jaune ; 27 livres 2 sols 6 deniers tant pour voyage que pour vacation à MM. Les Officiers de la maîtrise de Darney pour délivrance et marque des affouages ; 33 livres 17 sols 5 deniers de Lorraine, faisant de France 26 livres 6 deniers pour le vingtième dû par la communauté ; 16 livres 2 sols onze deniers dus par la communauté pour les frais de la levée des soldats provinciaux ; 10 livres 6 sols 8 deniers payés au piéton pour ses gages de l’année ; 19 livres 7 sols pour un voyage à Nancy pour aller chercher un mandement chez Monsieur le grand Maître pour retirer de l’argent à la caisse des bois, puis s’être rendu de là à Mirecourt ; 2 livres 6 sols 6 deniers pour avoir conduit les garçons tirer au sort de la milice ; 82 livres 11 sols 4 deniers pour tiers denier avenant à l’amodiateur ; 3 livres 2 sols pour deux jours employés à la vente des regains et des fruits champêtres.


Justice. Sous le rapport judiciaire, la communauté relevait du baillage de Charmes ; les affaires concernant les bois étaient appelées devant la gruerie qui jugeait en première instance ; le droit de haute et de basse justice était dévolu au Seigneur de Savigny ainsi qu’il est apporté plus haut.


Instruction. En 1789, la communauté était en possession depuis cinq ans d’une maison d’école. Les deux sexes y étaient réunis sous la direction d’un seul maître. L’école n’était pourvue d’aucun revenu. Suivant les ordonnances de M. l’Intendant, Nicolas Parisot, régent d’école à cette époque, touchait pour son gage, tout comme ses prédécesseurs d’ailleurs, la dîme de la première charrue. La communauté ne lui donnait aucune rétribution. Il était franc d’impôt par son traité.


Agriculture, industrie, commerce


L’agriculture. En 1789, le mode de culture du sol était à peu près ce qu’il est aujourd’hui, seulement la superficie cultivée était moindre et l’outillage agricole moins perfectionné. La culture par excellence était le blé ; en second lieu l’avoine en quantité à peu près égale ; puis le seigle et l’orge, dans une proportion minime, la pomme de terre était cultivée également, mais sur une surface très restreinte. Nous n’avons découvert aucun document ancien pouvant nous renseigner sur le rendement des récoltes. Il devait être ce qu’il a été quarante ans plus tard. Par suite du défaut de voies de communication, la vente des produits agricoles s’opérait dans un milieu très restreint, il en résultait que le prix des denrées de première nécessité, telles que le blé, était très élevé dans les mauvaises années et de peu de valeur dans les bonnes.


Les anciens reconnaissent que, dans leur jeune âge, il existait un état de malaise permanent dans les familles pauvres et souvent même aisées, état provenant des mauvaises récoltes et surtout d’un travail peu rémunérateur. Les vignerons touchaient 30 francs par jour de vignes ; ce prix est plus que doublé aujourd’hui, et encore n’avaient-ils que dix hectares environ à cultiver. En dehors de la culture de la vigne, l’ouvrier était occupé exclusivement chez le cultivateur. Outre la nourriture grossière et souvent peu abondante qui lui était servie, ses journées de travail lui étaient payées, pour les gros travaux de l’été (fauchaison et moisson) sur le prix de un franc, sa femme à 60 centimes. Pendant la mauvaise saison, il était heureux d’être employé chez le cultivateur pour l’aider à battre son grain au fléau. Dès 2 heures du matin, il se mettait à l’œuvre, à 8 heures il avait gagné 30 centimes ; s’il était employé jusqu’au soir, il avait droit à 50 et 60 centimes. Il était nourri généralement de laitage, de pommes de terre, avait du lard à un seul repas, du vin presque jamais.


Le fermier, de son côté, était accablé par les redevances de toutes sortes. Il payait son fermage en nature à son maître, qui, souvent, était pour lui intraitable, lorsque, de mauvaises récoltes survenant, il ne pouvait le satisfaire. Ses revenus étaient minimes, car le bétail, beurre, œufs, se vendaient à vil prix. Au surplus, la vente des produits agricoles s’opérait difficilement, obligé qu’était le producteur de les conduire et par quels chemins, soit à Mirecourt, soit à Epinal, quelquefois même à Nancy. La modicité des recettes excluait naturellement tout bien être dans la famille et l’astreignait à se renfermer dans la plus stricte économie. A part le vin et l’eau de vie, le paysan ne connaissait que de nom les autres boissons, telles que la bière et le café, lesquelles sont aujourd’hui d’un usage presque quotidien.


Industrie. L’industrie était nulle dans la communauté. Il n’y avait pas d’auberge ni de cabaret.


Voies de communication. Les voies de communication, moins nombreuses qu’aujourd’hui, étaient défectueuses et leur entretien laissait beaucoup à désirer. Aussi fallait-il employer un fort attelage pour conduire les denrées au marché de la ville la plus proche. Les voitures de luxe étaient inconnues ; le plus fréquemment, l’on voyageait à cheval.


Assistance publique. La communauté prenait à ses charges les malheureux et les infirmes sans ressources. Elle payait chaque année une somme convenue aux personnes chargées d’en prendre soin.


Monuments


Il n’existait sur le territoire de la commune, à la veille de la Révolution, aucun monument digne d’être signalé.


Florémont, le 28 octobre 1888

L’instituteur,

Signé : Mougeat.