Le 26 janvier 1876 Charles Beretta alors âgé de 9 ans, accompagné de son père Antoine, de son oncle Paul et de sa cousine Catherine, quittaient Schignano, petit village de montagne au dessus du lac de Come, pour aller en France à Le Thillot où son oncle Dominique Beretta était déjà installé.
Pour cet enfant ce voyage était toute une aventure. Arrivé vers la fin de sa vie en 1945, Charles Beretta a écrit ses souvenirs grâce auxquels on peut savoir aujourd’hui quel était l’itinéraire qu’empruntaient les habitants de Schignano qui partaient travailler en France à Le Thillot, Saint Amé, Vagney, Saulxures, Servance, et aussi Wesserling qui se trouvait alors en Alsace occupée par les Allemands.
Partis de Schignano, les voyageurs prenaient le bateau à Argenio petit port sur le lac de Come en direction de... Colico à la pointe nord du lac. La traversée durait une demi-journée.
De Colico ils montaient dans la diligence qui, de nuit, les conduisait à Chiavenna puis à Campodelcino.
A Campodelcino ils montaient en traîneau, ou à pieds selon leurs moyens, pour passer le col de Splugen. Arrivés à Splugen après s’être restaurés les Schignianesi redescendaient sur l’Engadine en diligence jusqu’à Chur (qui à l’époque s’appelait Coire) où ils arrivaient le soir vers 19 heures.
A Coire le lendemain à 5 heures du matin ils prenaient le train qui les conduisait via Zurich et Bâle jusqu’à Wesserling où ils arrivaient en mi-journée.
A Wesserling point final de la voie ferrée, ils prenaient, vers 15 heures, à nouveau une diligence qui assurait le service de Wesserling à Remiremont.
A Bussang ils passaient le col et la frontière entre l’Allemagne et la France.
Ils redescendaient ensuite sur Saint Maurice et atteignaient en fin de journée le Thillot, sorte de “Terre Promise” de leur voyage où les attendaient l’Oncle Dominique et toute la communauté italienne déjà installée.
Cet itinéraire peut paraître surprenant aujourd’hui. Il faut la replacer dans le contexte de l’équipement routier et ferroviaire de l’époque pour comprendre toute la logique de ce parcours qui a certainement été celui emprunté par un grand nombre de Schignanesi : les BERETTA mais aussi les PEDUZZI, les GALLI, les GAGETTA, les CERESA, les GIOBBI et d’autres....lors de leur migration vers la France.