Brantigny, entre fermes et clochers
Au XIIème siècle, Brantigny s’appelait Brantiniaci (d’après un document vosgien). La bibliothèque nationale mentionne en 1338 sous le nom de Brantegneix et en 1481 sous celui de Branthegney.
A la sortie de Charmes, direction Epinal, la départementale 28, une bonne petite route agréable et sinueuse, relie plusieurs villages, Brantigny est le premier de ceux-ci, à quelques trois kilomètres du chef-lieu de canton.
Dès qu’on aborde la descente, il apparaît comme le type même du village de la Plaine des Vosges. Une couronne de collines le cerne ; il se love au creux comme un nid. Au premier plan, en bas de la côte, le vieux pont, en dessous le ruisseau qui va serpentant dans les champs entre les bouquets de saules, puis la départementale 28 s’écarte vers la gauche ; à droite, la voie dite romaine monte, rectiligne, vers les Hauts-Fays, et, entre les deux, Brantigny, serre ses maisons aux toits rouges autour de son église, dont le beau clocher nouvellement restauré dresse vers le ciel sa tour rose coiffée de gris argent. Il n’est pas besoin d’avoir des yeux d’artiste peintre pour admirer cette heureuse symphonie de couleurs et la sérénité qui émane de ce paysage typique.
Donc il y a d’abord le pont, séculaire, puisque l’histoire rapporte qu’il fut mis en adjudication en 1732 ; et en dessous le ruisseau. C’est le Colon, affluent du Madon. Son cours fantaisiste ondule dans les prairies, inutilement, puisque le moulin à eau installé autrefois sur ses rives n’existe plus. A sa place s’élève une habitation. Il y a quelques dizaines d’années on pouvait encore y voir les roues de pierre. Le menuisier qui habitait cette demeure avant les propriétaires actuels se servait de ces roues dans l’exercice de son métier.
Avançons vers le centre, le cœur du village. Nous y trouvons réunis dans un même espace la mairie, l’école, la fontaine, l’église et le calvaire. Rien n’y manque !
La mairie d’abord et son pavage rose tout neuf qui se retrouve en face devant le lavoir. La salle de classe jouxte la mairie, elle accueille les enfants du regroupement pédagogique Ubexy, Evaux et Ménil, Varmonzey et Brantigny. La construction de cette école date de 1854, celle de la mairie de 1883. De l’autre côté de la rue, le lavoir fait pendant à la fontaine, comme au temps jadis où leurs destins étaient liés par l’eau. Le lavoir est une solide construction qui renferme encore les bassins, sans emploi à l’ère de la machine à laver. La belle fontaine coule encore, il suffit d’ouvrir sa vanne dissimulée dans le pilier. Elle date de 1803 comme l’atteste le chiffre gravé sous son chapiteau surmonté d’une bille de pierre. Bientôt elle va subir une cure de rajeunissement nous a confié Mme le Maire, Marie Aimée Antoine (en 1991). Ses trois auges vont être surélevées et mises en eau en circuit fermé formant une sorte de cascade d’un heureux effet…
L’église, elle, a déjà eu son lifting extérieur, en gris et rose. L’intérieur très marqué par l’humidité sera prochainement restauré. Alors, le beau chœur avec son abside aux pilastres portant une archivolte denticulée (imitation de celle de la cathédrale de Nancy, dit Vital Collet) retrouvera son aspect d’autrefois pour le plus grand plaisir des fidèles et des visiteurs.
L’histoire de cette église tient presque entièrement dans les plaques commémoratives apposées sur les murs proches de l’autel, et qui concernent des prêtres de la paroisse ayant œuvré pour elle. Celle d’abord de Claude François Gourdot, théologien, curé de Brantigny de 1714 à 1721 (année de sa mort), bâtisseur du lieu. Son testament est une suite de dons, nous en extrayons les plus curieux :
«Mille francs pour une rente destinée à payer l’huile qui brûlera jour et nuit devant le saint Sacrement. Cinq cent francs pour célébrer un service de trois messes à perpétuité le jour anniversaire de sa mort. Mille francs pour une rente destinée à assister les pauvres de la paroisse. Don des terres acquises, à la paroisse d’Ubexy pour allumer la lampe jour et nuit devant le Saint Sacrement. »
Claude François Gourdot a été inhumé sous le portail de l’église.
La deuxième plaque, ornée des armoiries de la famille, indique qu’ici repose le corps de Charles Fr. d’Hennezel, décédé en 1788, et la troisième plaque précise que devant le seuil et sous les pieds des fidèles gît Michel Jacques de La Garde, ancien administrateur de Saint-Julien à Nancy, curé de Rugney et Brantigny, mort en 1815. un autre prêtre a également sa plaque, rédigée ainsi : «A la mémoire de l’Abbé Perrin, curé de la paroisse de 1846 à 1856, restaurateur et bienfaiteur mort à Brantigny en 1871 et inhumé sous la croix principale du cimetière. » Il fit don du presbytère à la paroisse.
Avant la Révolution, Brantigny était le chef-lieu d’une paroisse de laquelle dépendait Ubexy, Evaux et Ménil, Varmonzey et également Dommartin où il y avait une église champêtre. Un prêtre noble pouvait seul prétendre à l’administrer. Un détail à propos de l’actuelle église de Brantigny : ses deux fenêtres de façade qui éclairent la tribune proviennent de Dommartin. Avant 1715, les paroissiens se rendaient à cette église. Le droit de patronage appartenait à l’Abbé de Moyenmoutier, la seigneurie était indivise entre celui-ci et le Duc de Lorraine. En 1341, on trouve une charte du Duc Raoul au sujet de son accompagnateur avec l’Abbaye de Moyenmoutier pour Raon l’Etape et autres bans parmi lesquels Branteigney. En 1688, l’instituteur de Brantigny devait se rendre à Ubexy trois jours par semaine entre la Toussaint et Pâques pour instruire la jeunesse ; il devait en outre accompagner le prêtre quand il officiait ou portait les sacrements. Chacune des annexes de Brantigny devait contribuer au cierge pascal en fournissant annuellement la cire et participer aussi aux réparations du presbytère mais pas de l’église.
Il y eut autrefois une chapelle à Brantigny sous le vocable de Notre Dame, Saint Jacques et Saint Jean. On en ignore l’emplacement.
Au spirituel, Brantigny fait aujourd’hui partie du secteur paroissial de Florémont. Le plus beau vestige du passé de Brantigny c’est, bien sûr, son calvaire qui s’élève près de l’église à l’angle d’une rue. En haut du fût octogonal datant de 1688 on remarque parmi les personnages Saint Nicolas et les trois enfants ; le chapiteau sculpté porte une croix évidée en trèfle où sont adossés Adam et Eve. Au pied du Crucifix, une femme est agenouillée, deux autres debout sont hélas décapitées ; au revers, Notre Dame de Pitié.
Avant de conclure, il faut faire mention des chiffres comparés de la population à travers les siècles :
1710 : 18 habitants ; 1847 : 258 h ; 1867 : 223 h ; 1905 : 156 h ; 1977 : 95 h ; 1991 : 152 h.
Hormis le calvaire, l’église et la fontaine, le passé a laissé peu de traces à Brantigny…
Henriette Méline
Extrait de « Entre Fermes et Clochers » 1991

